Mesdames, Messieurs, chers Amis

Nous voilà confinés depuis quelques jours et le sentiment commun qui nous caractérise, c'est : l'interrogation, la(les)méfiance(s), l'inquiétude, la reconnaissance et l'espoir.

- Une interrogation sur la vitesse de propagation du Covid-19 mêlée de questionnements légitimes : a-t-on géré ce début de crise comme il le fallait ? Pourquoi ne pas avoir anticipé au regard de la situation chinoise qui nous précédait ? Nous vivons des moments qui ne doivent pas prêter aux polémiques politiciennes, j'en suis convaincu, même s'il faudra dans la séquence d'après, faire le point sur la gestion de la crise. Comment avons-nous pu laisser depuis des années le service public hospitalier et de manière générale le service public se détériorer à ce point ? Est-il normal d'avoir considéré les secteurs de l'intérêt général comme de simples entreprises gérées et régulées uniquement par leurs capacités à être rentables ou pas ?

- Une méfiance envers ce virus qui n'en fini pas de montrer sa capacité à se développer à des vitesses vertigineuses. C'est bien pour cela qu'il est aujourd'hui déterminant de respecter le confinement, seule alternative nous permettant collectivement d'inverser la tendance et ainsi de voir diminuer jusqu'à sa disparition finale le Covid-19.

- Une inquiétude quant à notre capacité à réussir ensemble le défi qui est devant nous, celui de faire bloc en adoptant les mêmes attitudes strictes de civisme: c'est une des clés majeures pour notre réussite.

- Des reconnaissances...

a) Une reconnaissance envers la capacité de l'humain à réussir de merveilleuses initiatives. Je pense en premier lieu à celles et ceux qui sont au front et qui se battent au jour le jour pour sauver des vies. Le personnel soignant dans son ensemble fait un travail formidable. Son engagement, sa présence, sa capacité à toujours trouver des solutions aux nombreux problèmes dûs au manque de moyens, lui confère le titre de héros. Chirurgiens, anesthésistes, médecins, aides soignants, infirmiers, personnel d'entretien et de gestion, vous êtes des exemples pour nous tous. Rien ne sera plus jamais comme avant. Demain, il ne suffira pas de se souvenir que nous les avons soutenus dans cette crise, il nous faudra tous nous battre avec eux lorsqu'ils réclameront plus de moyen pour pouvoir organiser une santé responsable, accessible, de qualité et capable d'appréhender toutes les situations.

b) Une reconnaissance également envers les agents des collectivités territoriales qui, à l'image des fonctionnaires d'Alizay, s'engagent avec les élus auprès de la population pour assurer les services minimums mais vitaux propres au bon fonctionnement de l'organisation locale en cette période d'urgence sanitaire. Bravo et merci, vous êtes irremplaçables et je suis fier, au même titre que tous les élus d'Alizay, de voir combien la fonction publique est redimensionnée au bon calibre : celui de proximité essentielle à la vie sociale et à l'intérêt général.

c) Une reconnaissance à tous les bénévoles qui s'engagent pour les autres, envers les plus fragiles d'entre nous. À toutes celles et tous ceux qui inventent, créent, influencent nos vies collectivement pour qu'elles soient meilleures, je vous adresse ma plus profonde gratitude.

d) Une reconnaissance bien sûr à tous les salariés, les travailleurs, qui sont actifs et malheureusement, scandaleusement sans protections suffisantes. Les conditions sanitaires les plus essentielles doivent être respectées afin de les protéger. Par ailleurs, sur tout le territoire national, de trop nombreuses entreprises continuent de produire et de fonctionner au détriment de la santé de leurs salariés, parfois même dans des entreprises où des salariés ont été dépistés positifs au COVID-19. C'est intolérable ! Seul ce qui est essentiel doit fonctionner. Le confinement doit s'étendre rigoureusement si on veut répondre efficacement au défi qui est devant nous.

Pour conclure, j'évoquais « l'espoir » en introduction. Cet espoir, il est bien là... présent en chacun de nous, et c'est précisément lui qui va nous permettre de tenir le confinement et réussir ce défi commun. Il devra aussi s'accompagner d'exigences qui redéfiniront la vie d'après crise d'une autre manière. Une vie débarrassée de ses sales manies de tout compter, de tout cliver. Cette machine à exclusion qu'est le capitalisme devra laisser place à une société où l'humain et son environnement seront respectés parce qu'ils seront enfin placés au cœur même de la vie politique, pour de vrai !

Arnaud Levitre
Maire d’Alizay